La croissance européenne maintenue sous assistance de la BCE

Face aux risques économiques qui pèsent sur la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de repousser de six mois le moment de relever ses taux. Cela suffira-t-il ?

Comme les marchés l’avaient largement anticipé, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 6 juin, de prolonger sa politique monétaire accommodante alors que les inquiétudes s’accumulent sur les perspectives de croissance de la zone euro.

Réunie à Vilnius, en Lituanie, l’institution a ainsi annoncé qu’elle maintiendrait son taux directeur à zéro « au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020 », soit une échéance différée de six mois par rapport à sa dernière annonce faite en mars.

Une troisième salve de prêts géants

Or de ce taux directeur dépend largement le coût de l’argent, autrement dit les intérêts que les banques doivent acquitter pour se financer et ceux qu’elles réclament aux entreprises et aux particuliers pour leur prêter. La BCE l’avait abaissé pour la première fois à zéro le 10 mars 2016 avec pour objectif de favoriser la distribution de crédit et stimuler ainsi l’activité. Depuis, il est resté à ce plancher historique.

Toujours dans la même idée de mettre des liquidités à disposition du marché pour fluidifier le crédit, la BCE a également détaillé les conditions financières de sa troisième salve de prêts géants aux banques, après les deux programmes engagés en 2014 et 2016. Lancés en plusieurs vagues à partir de septembre prochain, ces prêts seront accordés à des conditions plutôt avantageuses puisque les taux varieront de – 0,3 % à 0,1 % selon la quantité de crédits redistribués par chaque banque dans l’économie.

Des armes en réserve

« Par cette politique monétaire expansionniste, le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, espère répondre aux deux problèmes qui pèsent sur l’économie européenne, décrypte Christopher Dembik, économiste en chef de Saxo Bank. Le premier est la conséquence de la guerre commerciale engagée par les États-Unis contre le reste du monde et qui entraîne à la baisse la croissance mondiale. Le second concerne le niveau d’inflation dans la zone euro qui reste à un point bas de 1,3 % alors que la BCE considère que 2 % d’inflation est le niveau optimal pour favoriser l’investissement et l’emploi.

Reste à savoir si les mesures annoncées par l’institution seront suffisantes pour enrayer ces risques. « Si les prévisions de croissance et d’inflation pour la zone euro sur lesquelles s’est basée la BCE pour définir sa politique se vérifient, les réglages monétaires décidés devraient permettre de faire face. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’une dégradation de la situation », souligne Hervé Goulletquer, stratégiste à La Banque postale Asset Management.

Lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit le comité de politique monétaire, le président Mario Draghi n’a d’ailleurs pas écarté cette hypothèse. Dans ce cas, a-t-il expliqué, la BCE pourrait encore abaisser ses taux, voire relancer son programme d’achat de dettes comme elle l’a fait en 2015 et 2018 pour environ 2 600 milliards d’euros au total. Mais faire marcher la planche à billets n’est jamais sans risque, notamment celui de favoriser l’endettement et les bulles spéculatives. « La BCE a encore quelques armes à disposition, mais elles sont à manier avec précaution », convient une source française qui suit de près ce dossier.

11.06.2019
banque, économie

Auteur: La Financière

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