Doit-on s'attendre une crise majeure en 2019 ?

Selon l’économiste Georges Nurdin, la prochaine crise pourrait causer des dégâts considérables... Cet économiste, consultant, écrivain et ex-directeur d’une grande école de management souligne que cette crise se rapprocherait plus d’un typhon dévastateur que d’une simple averse de printemps. Les dommages pourraient être colossaux, puisque son champ d’action s’étend à la fois dans les domaines financier, économique et sociétale, sans ordre d’occurrence prédéfini.

Le constat en ce début d'année

Les Bourses planétaires restent volatiles, et cette tendance ne cesse de s’accentuer, comme le prouve le mois d’octobre 2018 dernier. Avec le développement des transactions robotisées ou trading algorithmique, cette conjoncture ne risque pas de s’arranger. Alors que le cycle d’expansion de l’économie mondiale est à son apogée, la dette mondiale est à un niveau sans pareil. La valorisation des actions et des obligations a atteint un seuil historiquement élevé, une situation qui risque d’éclater dans un proche avenir. De plus, les moyens pour remédier à une crise, comme celle de 2008-2009, ne sont plus d’actualité.

La crise financière

À la haute volatilité des marchés s’ajoutent diverses irrégularités, s’apparentant presque à des trous noirs, pourtant difficiles à prévoir. L’expert cite notamment plusieurs cas, à savoir celui de la banque danoise, Danske Bank, qui a secoué le PIB du pays, du « dieselgate » ayant affecté l’ensemble de l’industrie automobile mondiale, et de l’affaire Ghosn qui implique l’alliance Nissan-Renault.

Toujours d’après Georges Nurdin, les domaines de la résilience systémique et de la cybersécurité demeurent encore problématiques. Actuellement, la moitié des transactions en Bourse est réalisée automatiquement par des robots aux États-Unis, et le tiers en Europe. À noter que ce trading à haute fréquence représente des centaines de millions de transactions effectuées par seconde. Cette algorithmique servira notamment d’amplificateur des micro-variations naturelles des marchés. De manière générale, lorsque le cours est à la baisse, le robot vend les actions, sans lien avec les fondamentaux, et la baisse se poursuit de manière significative. Selon l’économiste et patron des produits dérivés chez JP Morgan, il s’agit du phénomène « krach éclair » qui se traduit par un effet domino à grande vitesse.

La crise économique

La tendance des cycles économiques est comparable au cycle des marées, avec un haut puis un bas niveau. Les dix dernières années représentent un véritable record avec un cycle conséquent en hausse. Le retournement de ce Juglar (cycle des affaires, NDLR) est donc à prévoir au terme d’un Kondratiev (cycle puissant de 50 ans – « grande marée séculaire »). Les effets attendus seront donc à la fois percutants et d’une forte intensité.

Durant l’année 2018, la dette mondiale s’élevait à 164 000 milliards de dollars, soit environ 225 % du PIB mondial. Ce chiffre n’a jamais été atteint auparavant, surpassant même la dette enregistrée au début de la crise financière de 2008. Si la croissance européenne reste peu dynamique, celle des États-Unis est stimulée par les déficits budgétaires abyssaux. Il s’agit de 1 000 milliards de dollars destinés à prendre en charge les réductions d’impôts générées par l’administration américaine. L’économiste s’interroge si cette stratégie peut servir ou non de levier jusqu’à sa réélection. Par ailleurs, la conjoncture semble être la concrétisation du scénario de stagnation séculaire, anticipé par les économistes Larry Summers et Paul Krugman, respectivement ex-président de Harvard University et titulaire d’un Prix Nobel d’économie.marché financier

Selon l’ancien président de la banque centrale américaine, Alan Greenspan, la période des bulles serait imminente. En effet, deux bulles seraient prêtes à faire des ravages sur le marché, à savoir la bulle des actions et celle des obligations. Si la valeur des actions américaines est historiquement élevée, leur « PER de Shiller » – ratio de la valeur boursière d’une entreprise sur la moyenne de ses bénéfices sur 10 ans – ressortant à 30, se situe au même niveau que celui du jeudi noir d’octobre 1929. Seule une croyance aveugle en la croissance pourrait expliquer ces niveaux excessivement hauts, alors que cette croissance n’est pas au rendez-vous. La politique de Quantitative Easing – qui représente la planche à billets à plein régime réalisée par les banques centrales pour pallier une crise de liquidité en 2018 – crée également une énorme bulle à risques. Il convient d’ajouter que cette conjoncture serait semblable à « l’enterrement sous des pelletées de sable d’un réacteur de Tchernobyl », selon Georges Nurdin.

La politique de QE a créé une gigantesque bulle, représentée par des crédits à taux historiquement bas, nuls, voire négatifs. Cependant, cela a généré une situation d’endettement et de surendettement, tant au niveau des particuliers que des professionnels. Les fonds d’investissement ont pu être réalisés grâce au cash gratuit et aux dettes qui en découlent. La véritable ampleur de ce phénomène ne peut être définie précisément, car ces fonds ne sont pas forcément obligés de révéler leurs comptes ni leurs actionnaires. Ainsi, les répercussions peuvent être terribles en cas d’inflation ou de régression de croissance, car les taux se verront augmenter. Actuellement, la stagnation et l’inflation économiques s’observent déjà sur le marché, alors que l’on pensait que ces phénomènes seraient révolus depuis les années 70. Aux États-Unis, la création de bulles se fait également ressentir en matière de prêts étudiants, avec des chiffres ahurissants : 1 400 milliards de dollars en 2017, c’est-à-dire 6 fois plus que les treize années passées. Le remboursement de ces prêts n’est toutefois possible qu’avec un emploi stable et rémunérateur, alors que le taux de chômage est à son plus haut niveau.

Les tensions géopolitiques sont également à leur comble, en se référant notamment à « Exit la mondialisation heureuse » de Minc, « La terre est plate » de Friedman, « Fin de l’histoire » de Fukuyama, et « Le choc des civilisations » de Hutchington. D’une part, la tension économique entre la Chine et les États-Unis bat son plein. D’autre part, la Turquie reconstitue l’Empire ottoman, tandis que la Chine et l’Asie centrale sont en train de mettre en place la nouvelle route de la soie. La Russie, de son côté, prend le contrôle du cyberespace, développe son système d’armement, et révèle au grand jour ses objectifs territoriaux. Pour sa part, l’Europe reste la cible du terrorisme international, sur fond d’atonie économique et de dislocation sociétale...

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La crise sociétale

D’après le rapport de près d’une centaine de chercheurs célèbres, à savoir Thomas Piketty, les inégalités dans le domaine sociétal ne cessent de s’accroître. De très nombreuses nations présentent un coefficient de Gini – valeur déterminant les disparités au sein d’une population – des plus alarmants. Cela peut sembler contradictoire puisque le niveau de pauvreté mondial est en baisse, avec beaucoup moins de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour.

La fragmentation des sociétés et des nations européennes est principalement due à l’augmentation des inégalités. La survie de l’Union européenne, comme nous la connaissons aujourd’hui, paraît donc incertaine. Si les Britanniques ont quitté l’UE, les Italiens, qui ont pris part à sa fondation, gèrent la vision du déficit qui convient à leur nation. Les nations d’Europe centrale, quant à elles, sont devenues divergentes par rapport à certains dogmes. Les Hollandais et les Espagnols, qui ont refusé la Constitution européenne, commencent à montrer des opinions différentes. L’affirmation de son sens de la nation par l’Autriche, le gain d’indépendance presque réussi par l’Écosse, les tensions entre les Wallons et les Flamands, le surendettement de la Grèce, etc., sont autant de facteurs qui font actuellement trembler l’Europe.

L’accroissement significatif des déficits et des dettes fut notamment provoqué par la crise de 2008, marquée par la faillite du groupe Lehman Brothers. Cette conjoncture est rapidement passée d’une crise financière à une crise économique généralisée, avec la faillite de grands groupes industriels d’envergure mondiale tels que General Motors. Les importantes dettes générées ont été prises en charge par les gouvernements, pris au dépourvu par la situation des entreprises qu’ils jugeaient trop indispensables pour les laisser déposer le bilan. Ces dettes ont donc été transférées auprès des contribuables sous forme d’impôts et de taxes, pour une envolée estimée à 72 000 milliards de dollars des dettes mondiales, à compter de l’année 2007. Pourtant, la réduction des taxes fut effective depuis 1929.

Contrairement à la crise de 2007-2008, le monde ne dispose plus des moyens nécessaires pour remédier à une nouvelle crise. En effet, le taux de chômage actuel est sans précédent, les taux de prélèvements obligatoires sont élevés, etc. Dans cette optique, la France enregistre des chiffres record de 48 % de prélèvements par rapport à une moyenne de 34 % dans l’OCDE. Cette tendance s’oriente vers le maximum de la courbe Laffer et la croissance plate, ou même la stagflation le cas échéant. Avec le manque de vigueur des innovations technologiques et du développement commercial, à l’instar de la France passant de 17 % à 12 % de part entre 2000 et 2017, on a remarqué l’avènement de la flexibilisation du travail, impliquant son lot d’uberisation, de précarité (en 2017, 87 % des embauches dans l’Hexagone représentaient des CDD, avec 88 % d’une durée de moins d’un mois), ainsi que l’auto-entrepreunariat se traduisant principalement par des petits boulots. Selon Georges Nurdin, il s’agit d’une véritable spirale de paupérisation.

En l’espace de 10 ans, entre les années 2007 et 2017, le pouvoir d’achat de la population française a régressé de 500 euros en moyenne. Cette baisse s’est nettement remarquée au niveau des classes moyennes, selon l’Insee. D’après Oxfam et Basic, la France était au sommet de la distribution de dividendes en Europe, avec 67 % des bénéfices en dividendes et rachats d’actions. 27 % des bénéfices sont constitués par des réinvestissements, un taux relativement faible et insuffisant pour le renforcement des fonds propres, mais pourtant d’une grande importance pour l’investissement de conquêtes commerciale et technologique.

Ces différents signaux ont généré un sentiment d’injustice envers les principales victimes de la crise financière. Cela se traduit notamment par une dislocation progressive de l’unité nationale, d’un délitement sociétal d’envergure, pour aboutir au désenchantement, à la défiance, voire à un ressentiment profond envers les dirigeants politiques et économiques. Cette conjoncture est non seulement valable en France, mais également en Europe et même dans le monde. Il s’agit très probablement d’une des raisons qui ont permis à Donald Trump ou encore Jair Bolsorano d’être élus. La résilience sociétale et le réservoir du capital confiance ont quasiment disparu durant ces dix dernières années, pour ne rouler désormais que sur la réserve selon l’économiste.

Quand est-ce que la crise aura lieu ?

Les économistes ne peuvent prédire exactement quand aura lieu la nouvelle crise. D’après Richard Thaler, premier professeur d’école de commerce à être titulaire d’un Prix Nobel, l’économie se base principalement sur une science d’essence sociale, bien que celle-ci sollicite plusieurs modèles mathématiques. Il insiste sur le côté psychosociologique aux commandes de l’économie, contrairement à Hayek et Friedman, également titulaires d’un prix Nobel durant les années 70. Leur point de vue, entièrement mécanique, monétariste et simpliste de l’économie, inspire pourtant divers dirigeants européens à travers une politique de ruissellement, c’est-à-dire que l’enrichissement des plus riches profitera au final à la population moins aisée.

En l’espace d’un demi-siècle, les nombreuses théories sur l’économie ont bien évolué, et sont donc à adapter à la conjoncture actuelle. L’aspect psychosociologique est à prendre particulièrement en compte dans l’exercice des prévisions. En effet, cet aspect induit un facteur hautement subjectif et aléatoire dans les domaines financier, économique et sociétal. Selon Georges Nurdin, l’année 2019 serait probablement une échéance si l’on considère une telle convergence des occurrences.

10.01.2019
économie

Auteur: La Financière

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