Crédit immobilier : la hausse des taux va s'accélérer

Credit Logement/CSA confirme la lente remontée du taux moyen à 1,17 % en avril. Les nouveaux barèmes des banques laissent cependant présager des hausses plus prononcées.

C'est une légère progression mais qui confirme une tendance. Le taux moyen des crédits immobiliers en avril, marqué par un effondrement de la production de prêts, ressort à 1,17 %, selon l'étude mensuelle du Crédit Logement/CSA, publiée mardi. Loin d'une hausse brutale, le taux moyen augmente régulièrement d'un ou deux points de base depuis décembre, à des niveaux qui restent cependant proches du plancher de novembre dernier (1,12 %).

« Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Cette hausse mesurée ne prend pas en compte les mouvements récents sur les taux, qui sont appliqués sur les nouveaux dossiers », prévient Ludovic Huzieux, cofondateur d'Artémis Courtage. En clair, les chiffres de Crédit Logement ne reflètent pas les nouveaux barèmes des banques et le prochain baromètre, en mai, devrait afficher des hausses plus conséquentes.

Chute des nouveaux prêts

Cette tendance haussière s'explique à la fois par un renchérissement, certes modéré, du coût de refinancement des banques et par des anticipations de hausse du coût du risque. En attendant le déconfinement, la production de nouveaux prêts reste, sans surprise, atone.

De février à avril, le nombre de prêts recule d'un quart et la production de 23 %. De fait, c'est toute la chaîne de production qui a été bloquée depuis la mi-mars, de la visite d'un bien à la signature chez le notaire, en passant par l'étude du dossier de crédit par les banques.

Interrogations sur la reprise du marché

Aujourd'hui, tous les maillons de la chaîne délivrent des signaux plutôt positifs sur leur capacité à reprendre l'activité, y compris les notaires qui peuvent désormais authentifier les signatures à distance. Du côté des banques, après avoir géré l'urgence, elles se déclarent prêtes à étudier de nouveaux dossiers. « La principale incertitude concerne le comportement des ménages vis-à-vis de l'achat immobilier et surtout le nombre de candidats qui vont devoir renoncer à leur projet immobilier compte tenu de la crise qui s'annonce », souligne Hervé Hatt, président de Meilleurtaux.com.

L'accès au crédit immobilier, alors que les banques avaient déjà durci leurs conditions avant le confinement, sera également au coeur du redémarrage du marché. « Nos discussions avec les banques portent autour de trois thèmes : la capacité à traiter les demandes ; la mise en place de nouveaux barèmes pouvant franchir le taux d'usure qui a baissé en avril et les conditions plus générales d'octroi de crédit, avec le risque que les banques privilégient dans un premier temps les dossiers les plus simples », explique Hervé Hatt.

Le paradoxe d'un taux d'usure trop bas

Le taux d'usure, qui s'établit désormais à 2,51 % sur un crédit de 20 ans, risque, avec la remontée des taux, d'exclure un certain nombre d'emprunteurs. En effet, ce taux inclut également l'assurance emprunteur, les frais de dossiers et les garanties. « Or, il n'est pas rare de voir un taux de crédit sur 20 ans autour de 2 % pour des dossiers de primo-accédants ou à faible apport, ce qui laisse peu de marge », constate Ludovic Huzieux.

L'Association des courtiers immobiliers APIC vient d'ailleurs d'alerter Bercy sur ce « frein »à la reprise de l'activité. « Après un rebond prévisible de l'activité à court terme, lié aux dossiers déjà avancés, je redoute une période de latence pour les nouveaux projets », prédit Ludovic Huzieux.

Par Éric Benhamou Les Echos

07.05.2020
credit, immobilier

Auteur: La Financière

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