Coronavirus : une crise économique comparable à celle de 1929, selon Bruno Le Maire

Le ministre de l'Economie a estimé ce mardi que le PIB chuterait cette année bien au-delà de 1 % -chiffre prévu la semaine dernière. Il juge que le retour à la normale ne se fera que progressivement et ne prévoit pas de rebond rapide de l'activité en sortie de crise.

Du sang, de la sueur et des larmes. Le discours du ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, avait ce mardi matin des accents churchilliens. Le locataire de Bercy, dont la conférence était retransmise sur Twitter, n'a pas caché la brutalité de la crise économique liée à l'épidémie de coronavirus.

Des secteurs comme le tourisme, l'hôtellerie-restauration ou encore l'événementiel connaissent des baisses d'activité« de 90 % à 100 % », l'automobile fait face à une chute de son chiffre d'affaires« de 80 % à 85 % », selon le ministre. Et« l'industrie tourne à 25 % de ses capacités », a-t-il redit. Dans l'ameublement, la cosmétique, la mécanique ou encore la plasturgie et le textile, l'activité a chuté de 80 %. Dans le bâtiment, la semaine dernière, 80 % des chantiers étaient à l'arrêt. Seuls l'agroalimentaire et la grande distribution fonctionnaient correctement. 

Conséquence logique de cet effondrement :« le chiffre de la croissance pour 2020 sera bien inférieur à celui prévu dans le projet de loi de finances rectificative», pourtant voté la semaine dernière. En clair, la baisse du PIB sera supérieure à 1 %, sachant que « chaque semaine, chaque mois de confinement supplémentaire aggrave cette prévision »,a-t-il souligné.

Indice en chute libre

Pour l'instant, les économistes tablent sur un recul de l'ordre de 5 % du PIB de la zone euro et de la France cette année. Mais ces anticipations sont évidemment appelées à changer en fonction de l'évolution de la situation sanitaire. Ce mardi, l'indice d'activité publié par Markit, retraçant les attentes des chefs d'entreprise pour la France pour le mois de mars, a chuté de plus de 20 points. En s'établissant à seulement 30,2 points, l'indice PMI a atteint son niveau le plus bas depuis que cette enquête existe, c'est-à-dire depuis vingt-deux ans. Le plongeon des services est bien plus fort que celui de l'industrie.

Tous ces chiffres font dire au ministre de l'Economie que« cette crise, qui touche l'économie mondiale et l'économie réelle, n'est comparable [...] qu'à la crise de 1929 ». Il ne croit pas, qui plus est, à un redémarrage rapide :« Les Français et les Européens ne vont pas se mettre à racheter des centaines de milliers de voitures du jour au lendemain ».

« Je n'imagine pas que du jour au lendemain, après un choc d'une telle violence, l'activité économique va revenir à la normale. Il faudra accompagner la reprise », a-t-il expliqué.« Le scénario sur lequel je travaille est celui d'un retour progressif à la vie normale », a-t-il insisté.

Appel à une réponse européenne

C'est pourquoi le ministre appelle à une réponse européenne massive. S'il se félicite des décisions de la Banque centrale européenne et notamment de son nouveau programme de rachat d'actifs,« il faudra faire beaucoup plus », prévient-il. Une relance et un soutien pendant la période de sortie de crise seront nécessaires et devront être accompagnés par« l'activation de mécanismes européens ».

La France souhaite aussi « pouvoir utiliser les lignes de crédits du Mécanisme européen de stabilité (MES) ». Elle est « favorable » à des euro-bonds, des obligations émises au niveau européen. Un des problèmes est aujourd'hui qu'une partie des Etats membres, emmenés par les Pays-Bas, ne sont prêts à activer ces lignes de crédits qu'en cas de mise en oeuvre de réformes structurelles dans les pays qui en bénéficieront.

En attendant, l'Etat soutient les entreprises via la garantie publique à des crédits de trésorerie. Le chômage à temps partiel se développe massivement. Des nationalisations sont dans les tuyaux et les charges et les impôts pourront être supprimés pour les entreprises « en cas de risque de faillite », selon Bruno Le Maire.

Mais il va nous falloir « adapter notre économie à la réalité de cette crise sanitaire », a prévenu le ministre. Emmanuel Macron l'avait répété huit fois la semaine dernière dans son discours :« Nous sommes en guerre ».

Guillaume de Calignon Les Echos

25.03.2020
économie, Finance

Auteur: La Financière

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